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Philippe Compagnon, peintre, plasticien et artiste multiforme le revendique clairement «je suis un vrai photographe». Rassurant. Mais, paradoxe, les 45 photos encadrées qu’il a posées sur les cimaises de la galerie d’Olivier Pagès sont toutes… floues… Pas « légèrement » floues, mais totalement floues. Toutes. Circulez, il n’y a donc rien à voir ? Pas si sûr. Et même bien au contraire. Justement parce que Philippe Compagnon est un vrai photographe. Alors l’exposition devient intéressante. Par la démarche de l’artiste (un vrai artiste), par les compositions qu’il en tire, et par les réactions qu’elle suscite. La démarche en effet n’est pas banale. Un jour Philippe Compagnon changeait un flexible de douche, quand il a été appelé sur un portable d’ancien modèle. Et pendant qu’on l’appelait, il a photographié, avec son téléphone, et de près, le joint posé au coin de l’évier. Par la suite il en fera d’autres, « jusqu’à 10 000 » dit-il en souriant, et pas de meilleure qualité qu’il stockera sur le disque dur de son ordinateur pendant 3 ans et demi. C’est en faisant de la place sur son disque qu’il les a retrouvées. Et que par jeu, il en a traité quelques unes avec un logiciel graphique. Et comme l’informatique, comme la nature, a horreur du vide, le logiciel a compensé par des gris. Et le résultat est surprenant. D’autant qu’ayant jugé que « les plus intéressantes étant les plus floues » il a délibérément pris le parti de ne traiter que celles-là. Ces photos, uniquement d’objets, pas de paysages ni de parties du corps, interpellent, car si elles ne représente rien, au sens que donnait Roland Barthes à l’image, elle ne sont pas rien. Mais agissent comme des sortes de grands trous noirs (plutôt gris, en l’occurrence) qui attirent l’oeil jusqu’à aspirer l’esprit dans un grand tourbillon soufflant, un big bang originel. On ne résiste pas à y entrer, puis on se rebiffe, parce que tout ce flou semble un peu fou et on tente de revenir à la raison pure. Mais tout ce qu’on trouve à faire pour se « raccrocher aux branches », ce n’est pas (ce qui pourrait être logique) de rejeter la démarche en bloc, c ’est juste de chercher ( et ça c’est psychanalytiquement moins serein) ce que pouvait bien être l’objet originel dont l’artiste nous propose quelques centimètres carrés, absolument non identifiables. Alors pour se rassurer définitivement, comme cette femme en fin de séance d’hypnose au cabinet du bon docteur Freud, on trouve. Sans être sûr que c’est la bonne réponse. Les flous de Philippe Compagnon, c’est une sacrée auberge espagnole. Soyez le premier à réagir à cette actualité.
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